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Voir - Regarder
par Marianne Simond

Voir - Regarder

Dans son sens concret, sensoriel, voir a pour objet des images que nous n’avons pas construites, qui se « donnent à nous » et que nous prenons comme elles viennent.
Au début de notre vie, ce sont des formes et des couleurs, qui sont perçues plus ou moins tôt après la naissance. Peu à peu ces formes, ces couleurs vont dessiner des formes significatives, celle du visage humain, en particulier. Les images vont prendre sens.
 
Regarder, c’est se servir de sa vue, pour voir, de manière active. Le regard est dirigé, il balaie, il s’arrête, il s’interroge, il détaille, il englobe.
 
Toute la journée, nos yeux nous transmettent ce qu’ils voient. En pensée, nous pouvons avoir d’autres images aussi, intérieures, que nous associons, ou que nous rêvons, par exemple.

Des images à foison
Autour de nous, pour nous...

Et puis d’autres images dominent aujourd’hui.
 
Des images qui semblent hyper présentes… qui envahissent ? elles étaient et sont encore parfois fixes, mais on peut les faire se dérouler… Le cinéma a pris les images des photographes, les a reliées, entraînées, de même, celles que nous voyons tous les jours, le mouvement les prend aussi. Sur les écrans d’ordinateurs, ceux des smartphones, les clips, les vidéos retiennent l’attention et certains regards ne peuvent s’en détacher.
 
Quand on va au cinéma, la démarche est volontaire, on regarde le film.
Quand on est placé devant un écran, quel qu’il soit, on ne choisit pas toujours ce qu’on voit. On peut s’intéresser aux images, et on peut aussi être confronté à une intrusion : des images surgissent, qui provoquent un choc, ce qu’on voit alors est incompréhensible, présente du connu avec de l’inconnu, le connu de cette alliance est du domaine de ce qu’habituellement on ne présente pas.
Au cinéma aussi, on peut ne pas avoir pris la mesure de la violence que recèle le film qu’on va voir. On peut alors fermer les yeux, se boucher les oreilles.
Face à des écrans, il faut parfois du temps à une personne pour fermer les yeux. Trop tard, on a vu l’horrible, l’obscène, il faut alors s’en débrouiller.
 
Pour les enfants, on comprend bien que ces risques sont plus complexes encore, tenant également aux messages plus ou moins clairs que diffusent les images vues.
 
Pour les tout-petits, les écrans sont à proscrire.
 
Des recherches en cours, face à l’addiction de certains, enfants, adolescents (et adultes), évoquent des risques énormes pour la psyché en construction.
 
Les bienfaits des images ne doivent pas être oubliés. C’est une juste mesure qu’il faut trouver dans ce contact avec les écrans, cette mesure est variable selon les situations.
 
On peut aussi éduquer, apprendre à lire les images, le discours d’une image de publicité, d’un tableau, et du même coup, on peut apprendre à se défendre contre certains dangers, apprendre à développer un regard un peu distancié.
Des images à soi

Nos images intérieures sont précieuses.

Le rêve-éveillé

Chacun peut, dans une situation de détente relative, les yeux fermés ou non, rêvasser.
Dans un travail et une relation spécifiques, le rêve-éveillé se fait aussi les yeux ouverts ou fermés. Il sera analysé ensuite.
Au cours de la séance où se fait le rêve-éveillé proprement dit, les images décrites sont intérieures. Les dire avec des mots, va permettre de les partager avec l’analyste qui les écoute et les note.
Le processus alors sera différent de celui d’un film qu’on regarderait à deux.
Ce processus spécifique met l’accent sur le vécu interne et la création de la personne qui rêve et sur l’écoute active de celle qui écoute.
Par ce partage, par l'énoncé des mots qui décrivent, les images intérieures changeront de statut sans pour autant perdre leur lien à soi.
Ainsi en sera-t'il de ces images bien à soi qui sont aussi des images qui mènent à soi.